IMAG5776 (2)1915 pour les Canadiens, 1944 pour les Polonais : le lien entre ces deux dates est une fleur : le coquelicot, devenu référence pour une chanson patriotique. Pour les Canadiens, cette chanson est "In flanders fields". Pour les Polonais, il s'agit de "Czerwone maki na Monte Cassino" . Voici quelques éléments d'explications sur l’histoire de cette étonnante analogie ...

En 1915, dans les Flandres Françaises et Belges, une chanson évoque les coquelicots :  In Flanders fields.

Ecoutez :


"Dans les champs de Flandre, les coquelicots fleurissent entre les croix qui, une rangée après l'autre, marquent notre place ; et dans le ciel, les alouettes, chantant valeureusement encore, sillonnent, à peine audibles parmi les canons qui tonnent..."

Ce chant patriotique - « In Flanders fields » - a été écrit en 1915, par un soldat canadien : John McCrae.

Depuis le mois d’aout 1914, les troupes britanniques combattent en Flandres belges. Elles ont pris position dans le secteur d’Ypres, de l’autre coté de la frontière française, non loin de Lille… Des contingents provenant de tout l’empire britannique arrivent à leur tour en Flandres. Parmi eux, John McCrae, engagé volontairement dans le Corps expéditionnaire canadien (au sein de l'armée britannique) lors de la Première Guerre mondiale.

C’est un médecin, lieutenant-colonel canadien. Il va diriger l’hôpital de campagne qui s’est déployé à Boezinge. Il est médecin, certes, mais aussi poète, par passion. En octobre 1915, sous sa plume, prend forme ce poème : « in flanders fields ». John McCrae meurt le 28 janvier 1918, à l’hôpital militaire britannique de Wimereux (Il s'agit de l’hôtel Splendid ), atteint d’une pneumonie ( il est enterré au cimetière de cette ville). Entre temps, son poème a été publié par la presse canadienne et britannique. Son succès est immédiat.

Aujourd’hui encore, le coquelicot demeure un symbole pour tous les pays du Commonwealth et est porté, au revers du veston, le 11 novembre 1918...

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En 1944, les Polonais évoquent à leur tour le coquelicot...Czerwone maki na Monte Cassino.

Écoutez :

"Les coquelicots rouges sur le Monte Cassino au lieu de la rosée ont bu le sang polonais.. A travers ces coquelicots, un soldat est passé et a péri, Mais la colère était plus forte que la mort.Les années passeront, les siècles passeront, Ne resteront que les traces du passé. Et les coquelicots sur le Monte Cassino seront plus rouges car ils ont été arrosés de sang polonais..."

Anna Prucnal. "Daleko od Polski / Loin de Pologne". Février 1983. RCA 80516/80517. L'intégrale. Volume 1.

Monte Cassino en Italie est célèbre pour son monastère perché à son sommet (berceau de l'Ordre Bénédictin) situé à environ quatre-vingt kilomètres au sud de Rome. Mais c’est surtout un lieu stratégique qui a été l’objet d’une très rude bataille durant la seconde guerre mondiale.
L’enjeu pour les forces alliées est de briser la ligne de défense allemande (la ligne Gustav) afin d’entrer à Rome. Pour cela, il faut conquérir cet éperon rocheux et son monastère. Ce monastère, situé à 435 mètres d'altitude, surplombe la ville de Cassino et domine les vallées du Rapido et du Liri. La 14e Panzerkorps ainsi que des bataillons d'élites de parachutistes et d'infanterie allemands sont chargés de sa défense et s'y sont préparés depuis des mois...

La bataille est lancée le 17 janvier 1944, sans résultat

Après deux grands assauts infructueux, il est demandé le 16 Mai 1944, aux soldats polonais du 2e Corps d’armée dirigé par le célèbre général Wladyslaw Anders, d'assurer un troisième assaut vers le sommet (alors que les britanniques avancent dans la vallée). Ce 3e assaut est victorieux le 18 mai, mais marqué par la mort d’un millier de soldats polonais.

Dès 1941, Feliks Konarski - poète et comédien dans le civil - s'est engagé dans l’armée polonaise et a suivi Anders en Italie. C’est la veille de l’assaut final qu’il commence à écrire les paroles de cette chanson, qui est chantée la première fois sur place par Konarski en personne...

Il est probable que Feliks Konarski ait voulu réaliser une « suite » à « In flanders fields ». Cette chanson britannique, il est évident que Konarski devait la connaitre : elle est chantée par les troupes britanniques qu'il côtoie sur le front d’Italie. Attentif aux chansons patriotiques et parlant parfaitement bien l’anglais, Konarski a dû être séduit par ce texte… au point de vouloir en imaginer une version polonaise, dans un contexte et une période très différente.

Son ami Alfred Schütz est un compositeur polonais, qui dans les années trente a été l’auteur de nombreuses mélodies, chantées en Pologne par Eugeniusz Bodo ou encore Mieczyslaw Fogg. Il a lui aussi rejoint l’armée du général Anders, et a dirigé, avec Henryk Wars, l’orchestre et le théâtre qui ont été créés au sein de ce corps d’armée. C’est dans la nuit du 17 au 18 mai 1944 qu’il compose une musique sur des paroles que Feliks Konarski vient d’écrire.
Cette chanson  a longtemps été interdite durant la période communiste en Pologne. Malgré cela ( ou à cause de cela...), elle a été reprise par les polonais à travers le monde et est devenue aujourd’hui un véritable hymne aussi important que l’hymne national

© Francis Dudzinski-Ozdoba. Historien & Ecrivain. 

A Lire également :  Lieutenant-colonel John McCrae.

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