denain usinor40 02083Episode 3 : Depuis des mois, les syndicats et de nombreux élus sont inquiets. Les choix du gouvernement et des industriels pour restructurer la sidérurgie pourraient être très lourds pour le Valenciennois et Denain en particulier. Les craintes sont vives, mais on se dit que le pire ne se produira pas, qu’ils n’oseront pas toucher à Denain, que « ce n’est pas possible… ». Et pourtant, le 12 décembre 1978, Usinor annonce 5.000 suppressions d’emplois directs à Denain.


Le mardi noir

A Denain, ce mardi 12 décembre 1978, c’est l’écœurement et la colère. On craignait une réduction d’effectifs de 3.000 personnes, ce qui déjà était énorme. Mais c’est bien plus qui est annoncé par Claude Etchegaray, le nouveau patron d’Usinor : une suppression de 5.000 emplois directs sur un total de 6.790 salariés. L'arrêt de la production de fonte et d’acier est confirmé, et ce, au profit du site de Dunkerque.

Cette annonce s'inscrit dans un plan global, présenté à l’issue de la réunion du comité central d’entreprise. Au total, 12.000 emplois vont être supprimés d’ici à 1980. Deux territoires sont particulièrement touchés : Denain-Valenciennes et Longwy en Lorraine. Avec une même logique : la fermeture des aciéries au profit d’équipements considérés comme plus "productifs", "modernes" et "porteurs d’avenir".

denain usinor40 02083

Denain est sacrifié...

Denain est sacrifié au profit de Dunkerque et en Lorraine, à Longwy, l’aciérie locale l'est également afin de privilégier le site de Neuves-Maisons, au sud de Nancy, dédié aux produits longs. Ici, 3.900 emplois sont condamnés, dont 1.100 dès 1979.

Mais ce n’est pas tout. Dans le secteur des produits plats, fermeture du site de laminage à froid de Blagny-Carignan, dans les Ardennes, près de Charleville-Mézières (400 emplois supprimés).

Usinor Longwy n’est pas le seul site sacrifié dans le secteur des produits longs : 550 emplois sont supprimés sur le site de Trith-Saint-Léger (sur un total de 1.714 salariés), 400 au train à fil d’Anzin (ce qui signifie la fermeture de l'usine de la Chiers-Chatillon) et 1.550 dans l’usine de la Chiers à Longwy.

Le journal télévisé d'Antenne 2 du 12 décembre 1978. Document INA

20.500 suppressions d'emplois en deux jours.

Le 14 décembre 1978, c’est au tour de Jacques Mayoux, le nouveau président du directoire de Sacilor-Sollac, d’annoncer le plan social touchant l’autre groupe sidérurgique français. Au total, 8.500 emplois seront supprimés sur les sites lorrains de Gandrange-Rombas, Homecourt et Hagondange

Ainsi, du 12 au 14 décembre, les deux grands groupes sidérurgiques français Usinor-Chiers-Châtillon et Sacilor-Sollac ont annoncé la suppression de 20.500 postes de travail. Du jamais vu...
A suivre…

© Francis Dudzinski. Historien & Écrivain.Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser..


Usinor Denain 40 ans. Au jour le jour...

Episode 2. L'inquiétude. En ce début du mois de décembre 1978, l’inquiétude est vive à Denain et dans tout le Denaisis. Chacun s’interroge sur l’avenir de l’usine. Les rumeurs les plus folles circulent. 2.000, peut être même 3.000 licenciements pourraient être annoncés dans quelques jours… Lire la suite...

Episode 1. C'est le  mardi 12 décembre 1978 qu'est annoncé la suppression de 5.000 emplois sur le site d'Usinor-Denain. Un véritable tsunami industriel et social s'abat sur tout le Denaisis, et au delà, le Valenciennois. Ce vaste cataclysme se prolonge jusqu'au 28 mars 1985, jour du laminage de la dernière bobine de tôle sur le train à bande. C'est alors la fin d'Usinor Denain, la fin d'une vaste épopée sidérurgique qui a pris naissance en 1834...Lire la suite...


 couv2Dudzinski Francis. Denain. Histoire d'un bassin industriel.

Éditions Sutton. 2018.

Acheter le livre ici.

 


 Quelques extraits de vos commentaires sur ma page facebook :

- Patrick Bouchet : Mon père travaillait à Usinor Denain slabbing 2 il était pontonnier comme on le disait avant il a été très touché par la fermeture de l usine il a manifesté il a été gazé une fois au lacry et une fois au chlore il a fait la marche sur l autoroute mais rien n'y a fait l usine a quand même fermé. L année scolaire 68 69 je l'ai passé à l école d Usinor mais je n aimais pas donc j'ai quitté en fin d'année et lors de la fermeture je me suis dit heureusement que tu es parti sinon c était le chômage assuré. Je suis fier de mon père qui s est battu pour son usine en vain Merci à vous de remémorer cette période...

- Jean yves : un traumatisme pour mon papa qui a dû quitter denain pour aller à dunkerque, on venait juste de faire construire la maison avec un beau jardin, des années d'économie pour y arriver, je me souviens, maman pleurait , elle s'en ait jamais vraiment remis

- Michéle Cazier Je m'en souviens je travaillais à la Maison du rideau rue Lazare Bernard ça a chauffé ce jour là .

- Pierre Brykowskyj y ais travaillé école d'usinor de 1969 a 1972 et atelier engin porte mouvement de 1972 a 1978 et départ pour une filiale a Paris et la quille en 2015
- Mauricette Delbassé Mon père était chef a la fonderie, mon beau père était ouvrier et mon mari travaillait sur le train a bande. Je n'imaginais pas qu'il nous faudrait quitter notre coin, nos familles pour partir à Usinor Dunkerque. Ça a été un déchirement de voir notre usine se fermer, de reconstruire une vie ailleurs. Denain, Escaudain, Hornaing, Helesmes manquent à ma vie

- Danièle Gardez :  La moitié des hommes de st aubert et sans doute plus travaillaient sur denain. Mes gd parents habitaient près de la gare et on voyait bien le défilé des ouvriers.. Comme pour les mineurs, les sidérurgistes y ont laissé leur santé...

- Jacqueline Lefebvre Rémy : Moi mon père était ajusteur d'entretien mais chez Cail... et Cail à aussi fermé. On peux être fiers de nos papas

Pour me contacter, m'adresser une information, un document, acheter mon livre,etc... : cliquez ici.