julietteLa reprise d'une chanson est un exercice délicat menant souvent à des échecs. Il y a pourtant, parfois, parfois seulement, quelques exceptions. Celle de la chanteuse Juliette en est une. Elle nous propose une reprise, toute en délicatesse, de la chanson de Pierre Bachelet , "les corons". C'est absolument sublime. Écoutez

Juliette chante "Les corons" de Pierre Bachelet. Extrait de l’émission Boomerang diffusée sur France Inter le 23 octobre 2018.

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Juliette (capture d'écran de la vidéo) © Radio France

(...) Pour l'artiste, une "bonne chanson", c'est une trilogie : un interprète, un texte et une musique. La même chanson chantée par quelqu'un d'autre devient une autre chanson et c'est fascinant... Dans le studio de France Inter, Juliette a repris Les Corons. Simplement accompagnée au piano, elle en a fait autre chose : une chanson de transmission, parce qu'elle s'est dit que "ce monde est en train de disparaître ". (...)

Voir l’article intégral sur le site de France Inter : Juliette reprend "Les Corons" de Pierre Bachelet au piano.

Nos fenêtres donnaient sur des fenêtres semblables
Et la pluie mouillait mon cartable
Et mon père en rentrant avait les yeux si bleus
Que je croyais voir le ciel bleu
J'apprenais mes leçons, la joue contre son bras
Je crois qu'il était fier de moi
Il était généreux comme ceux du pays
Et je lui dois ce que je suis
Au nord, c'étaient les corons
La terre c'était le charbon
Le ciel c'était l'horizon
Les hommes des mineurs de fond
Et c'était mon enfance, et elle était heureuse
Dans la buée des lessiveuses
Et j'avais des terrils à défaut de montagnes
D'en haut je voyais la campagne
Mon père était "gueule noire" comme l'étaient ses parents
Ma mère avait les cheveux blancs
Ils étaient de la fosse, comme on est d'un pays
Grâce à eux je sais qui je suis
Au nord, c'étaient les corons
La terre c'était le charbon
Le ciel c'était l'horizon
Les hommes des mineurs de fond
Y avait à la mairie le jour de la kermesse
Une photo de Jean Jaurès
Et chaque verre de vin était un diamant rose
Posé sur fond de silicose
Ils parlaient de 36 et des coups de grisou
Des accidents du fond du trou
Ils aimaient leur métier comme on aime un pays
C'est avec eux que j'ai compris
Au nord, c'étaient les corons
La terre c'était le charbon
Le ciel c'était l'horizon
Les hommes des mineurs de fond
Le ciel c'était l'horizon
Les hommes des mineurs de fond
Paroliers : Jean-Pierre Lang / Pierre Andre Bachelet.Paroles de Les corons © Universal Music Publishing Group

lavoixdunord logo« Les Corons » version berceuse, pour empêcher les mémoires de s’endormir (la Voix du Nord 25/10/2018)

La chanteuse rigolote et engagée Juliette revisite dans son nouvel album qui sort ce vendredi le monument de Pierre Bachelet, « Les Corons ». Une version surprenante, toute en retenue et très délicate, qui donne un nouveau sens à cet hymne du Nord.

– Quel est le déclic quand on s’attaque à l’hymne qu’est devenu « Les Corons » ?

« Ça me trottait dans la tête depuis longtemps. Quand j’entends la version stade lensois, j’ai les poils au garde à vous ! C’est vrai qu’après ça, on se dit que ça ne sert plus à rien de reprendre cette chanson. (...)

– Quel sens donnez-vous à cet hommage du passé du bassin minier ?

« L’idée de cette reprise, c’est que, plus qu’un hymne, cette chanson pouvait être une berceuse, une chanson de transmission, parce qu’elle parle d’un monde en train de disparaître. En 1982, elle coïncide avec la fin des mines et dit « Mon père était mineur ». Mais une génération a passé et on dit désormais « Mon grand-père était mineur ». Alors cette chanson est plus que jamais précieuse pour transmettre une réalité sociale qui a occupé du monde dans le Nord mais aussi ailleurs en France. »

– Prend-t-elle une dimension politique dans la bouche de la chanteuse engagée que vous êtes ?

« C’est vrai que, pour moi, c’est une chanson très marquée d’un point de vue politique, parce que ça raconte la disparition, contre laquelle on n’a rien pu faire, d’une fierté prolétaire. Il y avait une identité de classe sociale, avec des combats qui ont profité à tous. S’en souvenir, c’est le meilleur barrage face aux discours populistes et d’extrême-droite. La chanson dit aussi ceci : « Ils aimaient leur métier comme on aime un pays. » Ces Polonais, ces Italiens, ces Maghrébins qui sont devenus un peuple, celui des mineurs du Nord. C’est une histoire d’intégration qui n’a pas dû être chouette tous les jours côté conditions de travail, mais elle était bien réelle. »

– Contrairement à Pierre Bachelet, vous ne commencez pas par le refrain…

« J’adore la chanson de Pierre Bachelet ! Mais comme je suis un peu coquine, j’ai commencé par les couplets, pour l’effet de surprise. C’est aussi pour en faire une chanson réaliste, très premier degré, avec de l’émotion. Le refrain, tout le monde le connaît et l’entonne aussitôt. Là, on redécouvre les superbes paroles. « Mon père était gueule noire », « Ma mère avait les cheveux blancs » : c’est merveilleux parce qu’on a tout de suite l’image ! C’est ça que j’aime avec cette chanson : cette poésie populaire, qui n’a pas peur des clichés. Elle parle à tout le monde, c’est très puissant. »

(...) La réédition de l’album « J’aime pas la chanson, par Juliette » (Polydor), sort le vendredi 26 octobre. Elle sera en concert le 23 novembre 2018 au Vivat Armentières, le 1er mars 2019 au Théâtre André Malraux de Jeumont.

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