bouchain fouilles 25072018Une nouvelle campagne de fouilles archéologiques vient de s’achever rue Pépin d’Heristal. Une plongée dans la préhistoire d’une cité qui n’était pas encore Bouchain. Petit à petit, nos ancêtres livrent leurs secrets sur leur mode de vie au néolithique. Explications...

 

LA VOIX DU NORD. « On a commencé à investiguer en 2014", rappelle l’archéologue de la DRAC (Direction régionale des affaires culturelles) Gilles Leroy. "Dans le cadre d’un sondage préventif effectué en 2012, on avait trouvé un niveau préhistorique très bien conservé. » Les fouilles s’annonçaient « intéressantes au niveau du mode de vie néolithique ».

Depuis 2014, des fouilles sont effectuées chaque été, durant trois semaines à un mois. « Tous les ans, on découpe une surface. On explore petit à petit, sur 100 m2. » Ainsi, depuis 2014, 450 m2 de terrain ont été fouillés, « ce qui est assez important en préhistoire, souligne le scientifique. C’est une surface assez considérable ».

« On se trouve sur l’une des berges du vieil Escaut, occupée au néolithique, en périphérie d’un village le long de l’Escaut. »

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À cet endroit, « on se trouve sur l’une des berges du vieil Escaut, occupée au néolithique (l’âge de la pierre polie, 7 000 ans avant Jésus-Christ, Ndlr), en périphérie d’un village le long de l’Escaut ».

Les investigations menées depuis quatre ans ont révélé que les hommes qui vivaient ici exerçaient « une activité de boucherie, de travail du bois, de fabrication d’embarcations, de chasse et de pêche ».
On a trouvé… des objets perdus

Bonne surprise : l’eau de la nappe de la vallée a facilité la conservation. « Le milieu tourbé, allié à l’eau, entraîne une quasi-absence d’oxygène. Le bois se conserve, il n’y a pas de putréfaction, il n’est pas détruit par les bactéries. La situation est figée. » En d’autres termes, le temps s’est arrêté.

En revanche, une fois mis à l’air libre, c’est une course contre la montre qui démarre pour éviter l’altération de l’objet.

Cette année, les fouilles se sont déroulées de la mi-juin à la mi-juillet. Elles ont été financées par la DRAC et réalisées par une dizaine de personnes, « essentiellement des étudiants en préhistoire de l’université de Lille. Ce type de chantier permet la formation des jeunes ».

« Cette année, on est un peu plus dans un bras d’eau ; on a un peu moins de vestiges directs », note l’archéologue. Ce qui a été mis au jour, principalement, ce sont « des objets perdus » : un fragment d’arc, des armatures de flèches, un élément de pagaie, une ébauche de pirogue, énormément de bois de structure (des pièces utilisées dans la construction), du silex taillé utilisé pour traiter les carcasses de gibier, des outils en os…

Une nouvelle campagne de fouilles est d’ores et déjà programmée pour l’été 2019.


Une exposition en septembre 2018, à Bouchain

Le site tel que celui fouillé à Bouchain présente un caractère « exceptionnel », estime l’archéologue Gilles Leroy. Il existe peu de sites semblables en France ou en Europe, si ce n’est « en périphérie des Alpes ». « Pour atteindre un degré de conservation comme celui-là, il faut un contexte «calmé». Ici, c’est moins perturbé. Les vallées du nord de la France sont des vallées calmes depuis 7.000 à 8.000 ans. »

Les différents objets mis au jour vont à présent être analysés par des spécialistes installés en France (le bois à Charleville-Mézières, les résidus alimentaires à Sophia-Antipolis, etc.) ou à l’étranger (des opérations de datation sont effectuées en Pologne).

« Une fois étudiés, les objets reviennent à la DRAC. Les échantillons sans valeur patrimoniale sont détruits, les autres sont conservés », indique Gilles Leroy. « Tous les objets appartiennent aux communes où on les a trouvés, mais celles-ci n’ont pas toujours la possibilité de les conserver dans des lieux adéquats. »

Si Bouchain n’est pas encore équipée pour cela, elle accueillera néanmoins une exposition rendant compte des fouilles de ces dernières années, du 4 au 17 septembre, à l’espace Michel-Caron de la médiathèque.

Texte et photos : LA VOIX DU NORD. Valérie Aubert  25/07/2018.


 

Une exposition exceptionnelle pour voyager au cœur du Néolithique

Organisée par la municipalité en partenariat avec Bouchain Patrimoine et la Direction régionale des affaires culturelles (DRAC), cette exposition présentera une quarantaine de vestiges découverts lors des fouilles archéologiques de la rue Dharthois.

Fouillé de façon programmée depuis 2014 par les spécialistes de la DRAC, ce site archéologique situé sur une berge de l’Escaut présente une conservation hors norme d’objets de la vie quotidienne liés au travail, à la chasse et à la pêche. Façonnés à partir de restes d’animaux, de silex, de grès ou de bois, des outils attestent de l’exploitation des ressources aquatiques et forestières par les hommes et femmes du Néolithique. Mais surtout, ils apportent des réponses sur les sites d’habitat de la fin du 4e et au début du 3e millénaire avant notre ère, période mal connue dans le nord de la France.
Des bijoux des Alpes italiennes

Ces découvertes ont toute leur place dans des musées et l’une d’entre elles, une hache sera d’ailleurs exposée au Louvre-Lens. Une grande diversité d’outils et d’éléments d’assemblages ou de construction en bois, en matière dure animale ou en pierre a été mise à jour par les équipes de la DRAC dirigées par l’archéologue Gilles Leroy. Des lames de hache en silex de Spienne, des grattoirs, des racloirs, un burin, des percuteurs en silex rond, des fragments de haches polies révèlent le quotidien des premières populations. Des ossements d’animaux démontrent la présence de sangliers, de cerfs, de chevreuils, d’aurochs, mais aussi de castors et de canards. Des perles en terre cuite, une incisive perforée de cheval utilisée comme pendentif, mais surtout des pendeloques (des bijoux) en paragonite provenant des Alpes italiennes tendraient à prouver que ces éléments de parure servaient à des échanges commerciaux.

De par leur fragilité et leur rareté, certains vestiges sont conservés pour le moment in situ. C’est le cas d’un fragment de pirogue monoxyle long de près de cinq mètres qui a été mis dans un caisson protecteur en bois et réenfoui en attendant que les conditions d’extraction soient réunies.

L’exposition se tiendra à la médiathèque du 4 au 16 septembre, de 14 h à 18 heures. Entrée gratuite. Inauguration ce mardi, à 18 h 30.

Texte : LA VOIX DU NORD  Thierry Tonneaux 02/09/2018


 

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