En 1923 : ouverture d'une école ménagère à Denain ; vente des biens du Duc d'Arenberg saisis par l’État, construction de la Cité Couade à Escaudain ; création de chorales polonaises à Escaudain, Abscon et Condé ; le bilan des destructions des forets après la première guerre 1914-1918 , création de l'harmonie des Mines à la fosse Arenberg de Wallers ; Une chasse au loup à Haveluy, la Société Immobilière de l'Ostrevent.

(petite) sélection d'événements illustrant l'année 1923 en Ostrevant-Ostrevent(1) période d'entre-deux-guerres (1918-1939).

- Aniche - Auberchicourt :

  • La Compagnie des mines d'Aniche célèbre, ce 19 novembre, le 150e anniversaire de sa fondation à Auberchicourt, siège de la société.  Un défilé pour l'occasion, organisé dans la ville, est mené par la toute nouvelle Harmonie des Mines d'Auberchicourt (créée en 1922).
    • Le Conseil d'Administration de la Compagnie est présidé par M.Delloye (depuis 1921). Il a à ses cotés, M.Lemay, directeur général. Les autres administrateurs sont Messieurs Barrois, Bassot,Bonnel, Dejardin-Verkinder, et le banquier valenciennois Dupont.
  • Les travaux visant à dénoyer le puits de la fosse l'Archevêque à Aniche se poursuivent encore cette année.
    • Rappelons que l'armée allemande a détruit, lors de sa fuite en octobre 1918, les installations de jour et notamment les machines de pompage des eaux. Dans certains puits, de grandes quantités d'explosifs ont également été jetées.
  • La Compagnie a créé une société immobilière dénommée " Société Immobilière de l'Ostrevent". Doté d'un capital de 11 millions de Francs, elle est chargé de construire et mettre en location de maisons pour les mineurs.
  • En janvier, décès de Charles Corbisez, directeur de l'harmonie des mineurs d'Auberchicourt.

- Anzin :

  • Inauguration, le dimanche 6 mai 1923, du monument aux morts de la première guerre en présence du maréchal Émile Fayolle. Les statuts du "poilu" et du coq sont l’œuvre de Paul Ludovic Theunissen.

- Compagnie des Mines d'Anzin :

  • La Compagnie des Mines d'Anzin annonce avoir fait construire 979 maisons et acheté 34 maisons.
    • Cela fait porter son parc immobilier à 6.360 logements ouvriers. "Il n'y a pas lieu de s’arrêter dans cette voie. C'est à ce prix qu'il nous sera possible de recevoir la main d’œuvre étrangère qui continue à affluer..."

- Denain :

  • Les Sœurs de Saint-Vincent-de-Paul ouvrent une école ménagère, avec le soutien de la société des forges et hauts fourneaux Denain-Anzin (Odette Hardy-Hémery*).

- Escaudain  :

  • Construction, à l'initiative de la société sidérurgique des forges et hauts fourneaux Denain-Anzin, de la cité Couade, au Quart de Six heures (58 logements).

- Fenain :

  • Le couple Ferrari fuit le régime fasciste de Mussolini en Italie et s'installe à Fenain, avec leur 2 fils, Eusebio, alors âgé de 4 ans et Gino, 1 an. Le père travaille à la fosse Agache, de la Compagnie des Mines d'Anzin.
    • Eusebio et Gino Ferrari vont vaillamment s'illustrer comme résistants communistes durant la Seconde Guerre mondiale.
  • Éboulement le 29 juin, à la fosse Agache de la Compagnie des Mines d'Anzin. Un mineur est tué : Noël Willem, 32 ans.

- Forêts :

  • Le bilan des destructions des forets après la première guerre 1914-1918 se précise peu à peu Un exemple : l'arrondissement de Valenciennes comptait 5.732 hectares de forets dont 3.706 de forêts domaniales et 2.030 hectares de forêts privées. Sur ce total, la foret domaniale de Saint-Amand couvrait 3.314 hectares, alors que la foret domaniale de Wallers ne s'étendait que sur 391 hectares (l'essentiel de cette foret est en effet domaine privé). En 1919, de la foret de Saint-Amand, après les déboisements opérés par l'occupant allemand, il ne reste que 300 hectares, essentiellement aux alentours de l'établissement thermal. La foret de Raismes, appartenant à la famille d'Arenberg passe de 1.300 ha en 1914 à 480 ha cinq ans plus tard. La foret de Marchiennes (725 ha) a elle aussi été presque totalement  rasée.

- Haveluy :

  • Une chasse au loup à Haveluy, voilà ce qu'annonce ce 25 mars 1923, la presse locale de cette époque et notamment "Le Réveil du Nord". "(...) Depuis quelques temps, les habitants constataient la disparition de volailles. Une surveillance ayant été établie, on s’aperçut que le voleur n'était autre que ce loup qui se réfugiait dans le bosquet entre Haveluy et Bellaing. Une battue a été organisée. Cette bête put être chassée et tuée".
    • Etait-ce vraiment un loup ? à fortiori isolé ?  Impossible de l'affirmer. Quoiqu’il en soit, l'extermination des loups s'est en effet considérablement accélérée après la première guerre. En France, le dernier loup aurait été tué en 1937.

- Lallaing :

  • Ce 10 avril 1923, une explosion tardive d'une cartouche de dynamite lors de travaux de percement d'un mur de galerie à la fosse Bonnel cause la mort d'un mineur : M.Griffont. Messieurs Humblot et Geudi sont grièvement blessés.

- Polonais dans le Bassin Minier :

  • Suite au recrutement massif, à partir de 1921, d'une main d’œuvre polonaise (directement depuis Pologne ou depuis les territoires allemands de Westphalie) une vie associative spécifique se développe. En voici quelques exemples :
    • Chorales :
      • Le 18 février 1923, création à Abscon de la chorale "Wesoly Tulacz" (joyeux vagabond), dirigée par Stalislaw Mik (1894-1964) ; 
      • "fiołek" (la violette) au quartier Macou de Condé-sur-Escaut (sous la direction de Constant Berent) ;
      • Wanda à Somain De Sessevalle (dirigée par M.Grawczek) et à Onnaing ;
      • Cecylia à Montigny-en-Ostrevent ;
      • "Harmonia" dans le quartier minier d'Arenberg, à Wallers.
      • A Lallaing, à l'initiative de l'Union des Sociétés chorales polonaises, se retrouvent, pour un concours de chant, les chorales de Condé-macou, Somain de Sessevalle, Waziers, Abscon et Ostricourt ;
      • La chorale, groupe théâtral et troupe folklorique "Harfa" (la harpe) est créée à Escaudain le 15 avril 1923. Son premier bureau est composé de : Jean Nowicki (président), Jan Kalemba (secrétaire), Marcin Ratajczak (trésorier) et Stanislaw Mik (directeur musical). Une autre chorale, portant le même nom est également créée à Ecaillon.
    • Gymnastique :
      • création de l'association "Sokol" (le faucon) à Condé-sur-l'Escaut, quartier minier de Macou, et semble-t-il, à Vieux-Condé (J.J.Sourdeau*).
      • Il en est de même à Escaudain en juillet 1923. On notera l'objet de cette association tel qu'il a été déposé en Prefecture : "grouper un peu la jeunesse polonaise et lui permettre, selon son grand désir, d'utiliser ses loisirs autrement que dans I'estaminet"
    • Harmonie : il est évoqué la création d'une société musicale à Bruay-sur-L'Escaut (J.J.Sourdeau*).
    • Femmes polonaises : Création le 29 aout 1923, à Escaudain de l'association des femmes polonaises catholiques Reine Wanda (towarzystwo Polek król Wandy)
  • Sur le plan démographique, les premières évolutions apparaissent :
    • Naissances : L’État civil d'Escaudain enregistre 190 naissances au cours de l'année 1923, dont 31 sont issues de familles d'origine polonaise, soit 16,3% (André Lebon*).
    • Mariages :
    • Population : Selon Pierre Cottel*, 56% des habitants du hameau minier d'Arenberg à Wallers sont des polonais. Ils seront 58% en 1930.
  • Sur le plan économique :
    • La Compagnie des Mines d'Aniche emploie, au 31 décembre 1923, 14.638 ouvriers mineurs au jour et au fond. Sur ce total, un peu plus de 29% sont des Polonais. Et ces derniers représentent près de 70% des mineurs étrangers au sein de la Compagnie.
  • Arrivée à Escaudain, dans la Cité minière Saint-Mark (située près de la fosse éponyme) de la famille Klabinski (Franz Klabinski et Marianna Kedziora, son épouse).
    • Elle sera logée en 1934, dans la Cité Victoire, toujours, mais cette fois, à proximité de la fosse Audiffret-Pasquier.
    • En 1923, le petit Édouard est alors âgé de 3 ans. Né à Herne en Allemagne, il sera mineur comme son père. Il pratique la course cycliste et commencera à être reconnu en 1939 en se classant deuxième au Tour du Nord. Ses autres frères, Félix, Wladislas et Bronislaw pratiquent également la course cycliste.

- Somain :

  • Les travaux visant à dénoyer le puits de la fosse Sainte Marie, de la Compagnie des Mines d'Aniche se poursuivent encore cette année.

- Wallers-Arenberg : 

  • Création de la Fanfare des Mineurs d'Arenberg (dans le quartier minier de Wallers) avec le soutien de la Compagnie des Mines d'Anzin. Voir l'article : Harmonies et Fanfares en ostrevant. Elle est dirigée par M. Gabelle. (P.Cottel*).
  • Construction de logements miniers par la société immobilière SIA(2), dans le quartier d'Arenberg, dans la rue d'Anzin (actuelle rue Michel Rondet) et rue de Varsovie d'un total de 32 logements (regroupés par bloc de 4 logements, soit 2 dos à dos) dotés d'un jardin situé devant la maison. Cela correspond à l'arrivée des mineurs polonais dans le quartier.
  • Le 19 février 1923, le Tribunal Civil de Valenciennes a mis en vente les biens  du Duc d'Arenberg, de la branche allemande de la famille d'Arenberg (situés à Wallers et saisis par l’État après la guerre 1914-1918). Il s'agit de 305 hectares de terres en labour et prairies, le tout en 60 lots. Ces biens ont été acquis par 656.700 F par "une maison de Paris" avance la presse locale, sans donner plus de détail.

(1) Voir l'article : Doit-on écrire Ostrevant ou Ostrevent ?

(2) société créée en 1921 à l'initiative de la compagnie des mines de Vicoigne, Noeux et Drocourt.

Dudzinski150© Francis Dudzinski-Ozdoba. Historien & Journaliste.

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Mes articles sont régulièrement mis à jour. Sources : Archives personnelles, mes recherches aux Archives (archives municipales, ADN, CHM, AMT...), mes notes de lectures(*), mes livres "Denain et le Denaisis : Histoire d'un Bassin Industriel". "Balade musicale dans la Communauté Polonaise du Nord-pas de Calais" (1992)

(*) Voir Bibliographie.

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