kubiak1Polonais du Nord. Do La Bassée. Stéphane et Casimir Kubiak. C’est en 1960 que Stéphane Kubiak enregistre « Do La Bassée », sur le disque « Kubiak was wita do tanca » (Barclay 86059). Les paroles sont chantées par son frère, Casimir Kubiak. Particularité : si les paroles sont bien de chez nous, c'est à dire du Bassin Minier, la mélodie est issue du folklore polonais. Voici l'histoire de cette chanson, avec de nombreux extraits musicaux...

Do La Bassée Stéphane et Casimir Kubiak.

Westphalien.

« Casimir m'avait apporté les paroles. C'était quelque chose d'ancien qu’on chantait dans les corons du coté de Lens - Liévin » m’avait expliqué Stéphane Kubiak. « Quelques petites choses ont été changées pour évoquer, en rigolant, une histoire entre Lens et La Bassée. Mais en réécoutant cela aujourd’hui, je ne suis pas bien fier. Ce n’est pas du très beau polonais ». Effectivement, certains puristes s’en étaient, à l'époque, offusqués.

Il y a pourtant dans ces paroles, quelque de très interessant car c'est à la fois du vocabulaire polonais, du français un peu à la sauce ch’ti, et du « westphalien », sorte de mélange de polonais (pas très académique) et d’allemand que seuls les polonais venus de Westphalie connaissaient …

Guignol.

Cette chanson est construite comme une chanson à sketchs, traditionnelle de cette époque. Elle pourrait très bien être illustrée par le petit théâtre des marionnettes de Guignol. On y trouve une introduction : le départ, que l’on imagine joyeux, vers La Bassée. La population locale, à priori habituée par ce type d’aller et retour de ces polonais issus des corons de Lens, lui dit « voilà un polonais ».

Une première scène face à un fermier permet à notre personnage d’obtenir cinq kilos de blé et un kilo de graisse de lard. Dans une seconde scène, notre personnage menace les gendarmes victorieusement (comme dans Guignol) avec un « rewolwer maly » (petit pistolet). Mais, dans la troisième scène, la situation est plus compliquée pour notre personnage : il est face à sa femme qui ne craint ni le mari ni l’arme à feu et se défend (toujours comme dans Guignol) avec le manche de son balai. Tous les clichés populaires sont présents…

Stéphane Kubiak a particulièrement apprécié les grands orchestres de variété jazz du type de celui de Ray Ventura. Cela explique son attrait pour ces chansons à sketchs...

Marché noir.

C’est avec cette chanson, la première fois qu’est illustré un épisode de la vie des mineurs polonais dans le bassin minier du Nord-Pas de Calais. En effet, cette chanson évoque l’époque de l’occupation et du rationnement. Les gens du Nord-Pas de Calais souffrent beaucoup des restrictions alimentaires, mais aussi du froid, notamment lors de l’hiver 1940-1941. Pour tenter de compléter le quotidien, les hommes, surtout les jeunes hommes et les adolescents essayaient de « troquer » quelques sacs de charbon ramassé sur les terrils, contre du blé, des pommes de terre, des œufs ou du beurre. j'ai connu certaines personnes qui ont fait cela : ils ramassaient du charbon sur le terril Renard à Denain, et, à vélo, allaient jusque dans l'Avesnois, chercher du beurre et du fromage.

Lens- La Bassée.

Lens est située au cœur du bassin minier du Pas de Calais. Quelques vingt kilomètres plus au Nord, se situe La Bassée, une commune qui n’a jamais été minière, mais plutôt rurale. La Bassée, est une petite ville du département du Nord, située dans le territoire de l’actuelle communauté urbaine de Lille Métropole.


Les Polonais d'Amérique et de Pologne...

Une mélodie américano-polonaise issue du folklore polonais (de Pologne) .

Lors d'une des interviews qu'il m'avait accordées, Stéphane Kubiak m'avait expliqué que, selon lui, la mélodie de cette polka " était issue du répertoire polonais d'Amérique et jouée par Eddie Zima". En effet, j'ai bien retrouvé cette version enregistrée en 1948 par Eddie Zima sur le disque 33 tours « Polka Jamborée » (Dana Polka Series. N° D598-11). Stéphane Kubiak s’est à maintes reprises inspiré des mélodies "composées" par Eddie Zima , mais aussi de celles de Ray Henri ou de Frank Wojnarowski, pour ensuite les adapter et leurs donner une sonorité bien spécifique....

► Écoutez "Petticoat Polka", dans la version initiale (et uniquement instrumentale) d’Eddie Zima :

Seulement voilà : cette explication, à l'époque avancée par Stéphane Kubiak, est incomplète. Cette chanson puise en effet sa source dans le folklore polonais du Sud de la Pologne et non pas américano-polonais, comme l'avance Stephen Budyck. Elle est connue dans la région de Rzeszów – Nowy Sacz ( Sud Est de la Pologne) , sous le titre « Z łaczki na łaczke »

la version des Polonais de Pologne

► Ecoutez la version proposée par la troupe folklorique de la région de Krosno

En Pologne, cette chanson est généralement connue avec ces paroles :

Z laczki na laczke wolki ganiala i swego Jasinka ze sobom brala., Ej ! Cyrwien, cyrwien, cyrwone, ze sobom brala.

Ojciec sie pyto matki i syna gdzie sie podziala nasa Maryna., Ej ! Cyrwien, cyrwien, cyrwone, ze sobom brala.

Ej, Maniu, Maniu zle z toba bedzie bo twoja sukienka nierowna wszedzie. Ej ! Cyrwien, cyrwien, cyrwone, nierowna wszedzie.

A ja ja prala i prasowala ale sie sukienka nie wyrownala. Ej ! Cyrwien, cyrwien, cyrwone, nie wyrownala.

« Ces paroles sont extraites », explique Stephen Budyck « du livre d’Alicja Haszczak "Folklor tanecny ziemi rzeszowskiej" (1989), Docteur en ethnographie à l'université de Rzeszow dans les années 1980-1990. Elle appuie ses travaux sur les recherches d’Oscar Kolberg ». Vous remarquerez toutefois, que les paroles ci-dessus ne sont pas exactement celles chantées par la troupe folklorique de la région de Krosno. Cela montre que même en Pologne, les paroles d'une chanson peuvent évoluer avec le temps, ou selon la région où elle est chantée.

« Il s'agit non pas d'une polka mais d'un chodzony. Il existe 2 types de chodzony : le plus célèbre et mondialement connu est le chodzony à rythmique ternaire qui a donné naissance aux "Polonez" de Chopin... Il existe également des chodzony à rythme binaire qu'on appelle les chodzony à rythme rompu ou krakowiaki sądeckie. C'est une polka très lente » ajoute Stephen Budyck.

La version des polonais de Chicago

Cette chanson, sous ce même titre « Z łaczki na łaczke » est connue par la communauté polonaise de Chicago, et chantée par Walter Jagiello, plus connu sous les noms de Władysław Jagiełło , Li'l Wally ou encore, Mały Władziu. Rien d’étonnant à cela, puisque la famille de Mały Władziu est originaire de cette région de Rzeszów par sa mère et de Zakopane par son père (rappelons qu’il né le 1 Août 1930 à Chicago, et est décédé le 17 août 2006 à Miami. USA).

Mały Władziu, qui débuta comme membre de l’orchestre d’Eddie Zima, a enregistré cette chanson en 1958 sur le disque Jay Jay N°1056. D’autres orchestres polonais de la région de Chicago ont eux aussi enregistré cette chanson, sous exactement le même titre. Écoutez celle de l’orchestre de Ray Jarusinki.

► Écoutez :

Ce qui est intéressant ce sont évidemment les spécificités de l’arrangement musical et des paroles. Ces dernières sont là encore, un peu différentes de celles chantées par la troupe folklorique polonaise. Dans son album de paroles qu’il m’avait envoyé en 1995 (Nowy spiewnik N°2. 1e édition en 1964), Mały Władziu présente cette version :

Z łaczki na łaczke, wolki ganiała (bis) i swego Jasienka za sobą brała, hej czerwie czerwie,czerwona za sobą brała

Oj Maniu, Maniu, żle stobą będzie (bis) Bo twoja sukienka nie równa wszędzie, hej, czerwie czerwie, czerwona nie równa wszędzie.

Ojcies się pyta, matki i syna (bis) dlaczego spłakana nasza Maryna, hej, czerwie czerwie,czerwona nasza Maryna

Matka że złością odpowiedziała ( bis) Czegoś ty Jasienka za sobą brała, hej czerwieczerwie, czerwona za sobą brała

« Les rythmiques des polkas américaines ( de Chicago ) sont jouées plus lentement. Stanislaw Marszalek, le directeur artistique de la Kapela Trzcinicoki, attribue cela au fait que l'immigration aux États-Unis provient essentiellement de cette région entre Nowy Sacz et Rzeszow où les polkas sont jouées très lentement, c’est le chodzony rompu » précise Stephen Budyck.

A la fin des années cinquante, l'orchestre americano-polonais de Mattie Madura enregistre lui aussi ce titre, avec un tempo un peu différent, mais les paroles sont celles popularisées par Mały Władziu.

► Écoutez :


Et voici enfin, la version des Polonais du Nord-pas de Calais, celle de Stéphane Kubiak en 1960

kubiak1Nous en arrivons alors à Stéphane Kubiak. Il n’avait pas nécessairement connaissance - en 1960 - de la version folklorique issue de la région de Rzeszów ( Stéphane Kubiak est né à Liévin, sa famille est originaire de Poznan) .

Par contre, il est quasi certain qu’il a repris - et adapté avec talent - la partie musicale issue des enregistrements de Mały Władziu ou d’Eddie Zima. Et dessus, il a greffé les paroles connues chez nous sous le titre de « Do La Bassée ».

 

► " Do La Bassée " dans la version d'une polka plutôt rapide et très joyeuse de Stéphane Kubiak, en 1960 :


© Francis Dudzinski-Ozdoba. Historien & Ecrivain. Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

Sources  :

dudzinskiUn livre : " Balade musicale dans la communauté polonaise du Nord-Pas de Calais". (Derniers exemplaires...). Un livre de Francis Dudzinski-Ozdoba. Une histoire musicale (orchestres de bals Stéphane Kubiak, François Kmiecik, disques, salles de bals, chorales, clubs de mandolines, musiciens, chanteurs, compositeurs...) des Polonais du Nord. Publié aux Éditions Scripto en 1992.

En vente par correspondance ici

 

 

 

Les paroles polonaises de "Do La Bassée"

Jak zem pojechał, raz do « La Bassée » (bis) wszyscy mi mówili : "v’là un polonais !" winko win czerwone : "v’là un polonais !"

Jak żem pojechał, do fermy jednej (bis) « Bauer » mi się pyta "qu'est-ce que vous voulez ?" winko win czerwone "qu'est-ce que vous voulez ?"

Ja mu powiadam : "cinq kilos de blé" (bis) A on mi powiada : "fichez moi la paix !" winko win czerwone : "fichez moi la paix !"

Ja mu pokazał, rewolwer mały (bis) A on mi przyniosl "cinq kilos de blé» Winko win czerwone "cinq kilos de blé"

Ja mu powiadam : "ce n’est pas assez" (bis) A on mi przyniosl : "kilo okrasy" winko win czerwone "kilo okrasy"

Jak żem posjechał, do domu mego (bis) żandarm mi się pyta "qu'est-ce que vous transportez ?" winko win czerwone "qu'est-ce que vous transportez ? "

Ja mu powiada "cinq kilos de blé" Ja mu powiadam "kilo okrasy" A on mi powiada "vous êtes arrêté !" winkowin czerwone "vous êtes arrêté ! "

Ja mu pokazał rewolwer mały (bis) A on mi powiada : "vous pouvez passer" winko win czerwone "vous pouvez passer"

Jak żem posjechał do domu mego żona mi się pyta : "qu'est-ce (que) t'as rapporté ?" winko win czerwone "Qu'est-ce (que) t'as rapporté ?"

Ja jej powiadam "cinq kilos de blé" Ja jej powiadam "kilo okrasy" a ona mi mówi "ce n'est pas assez !" winko win czerwone "ce n'est pas assez ! "

Ja jej pokazał rewolwer mały (bis) a ona się bierze za « manche à balai » winko win czerwone za « manche à balai »

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